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mardi 7 février 2012

Peut on tout dire à l'Assemblée Nationale?

L'intervention très remarquée du Député Serge LETCHIMY lors de la séance de Questions au Gouvernement du mardi 07 Février 2012 a suscité une vive polémique au sein de la majorité Parlementaire (UMP) mais aussi un certain mutisme de part son parti (La Gauche) sur les bancs de l'Assemblée Nationale.

En s'exprimant de la sorte et en choisissant les termes qu'il a énoncé, le Député de la Circonscription Centre de la Martinique a vu ses propos qualifiés d'outranciers, de désobligeants, d'irrespectueux envers les victimes de cette période noire de l'Europe, à savoir la montée de l'idéologie du "nazisme". Serge LETCHIMY est allé droit au but et a ainsi exprimé tout haut des propos pensés (ou dits) par la plupart tout bas.

Mais était il en droit d'agir de la sorte?

Tout Député est libre de s'exprimer ouvertement quand il est présent sur les bancs de l'Assemblée Nationale : la liberté d'expression est un droit dans ce pays démocratique qu'est la France. Aussi, avec les mots qui lui sont sien, son ressentit, ses convictions profondes, un Parlementaire peut s'adresser lors des séances des Questions au Gouvernement comme bon lui semble devant la nation (vu que les débats sont diffusés en télé).
Au 1er Ministre ainsi qu'à ses Ministres de trouver les mots justes, adéquats et adaptés pour apporter des éléments de réponse aux attentes de leurs interlocuteurs.

Qu'est ce qui a probablement coincé le 07.02.12 ? 

La liberté d'expression est un droit, maintenant la manière de le dire est une autre paire de manche. Il ne s'agit pas pour le Parlementaire de s'exprimer sans tenir compte des susceptibilités de chacun, du vécu et des impressions de son auditoire.
Certains sujets abordés, comparaisons ou analogies peuvent être mal perçues et heurter les parties en présence. Des mots mal choisis peuvent être sujet à interprétations, incompréhension voir engendrer de vives colères comme ce fut le cas avec M. LETCHIMY envers M. GUEANT et le parti majoritaire.

L'analogie choisie sur le thème du nazisme est justifiée quant aux récents propos du Ministre mais aussi quant à ses constants écarts de sémantique depuis quelques temps. Il faut alerter l'opinion publique quant aux dérives en cours vu l'expérience passée.
Ceci dit, le choix des mots bien forts était peut être inapproprié quand on sait que toucher à la religion, aux idéologies ainsi qu'à certaines périodes de l'histoire déchaîne inévitablement les passions.

En effet, c'est derrière ce rempart qu'est le "débat passionné" que c'est caché le Gouvernement en quittant la salle de manière bruyante, car de nos jours on ne peut pas parler "Juif" sans être taxé d'antisémite... Parler des noirs, de l'esclavage et du colonialisme ne provoque pas de tels effets visibles. Il n'y a qu'à se rappeler du texte sur les effets positifs de la colonisation !
A vrai dire, on sort le paravent quand cela arrange afin de s'y cacher, et se système de "deux poids, deux mesures" affiche une image d'hypocrisie de la part du 1er Ministre qui a été à l'origine de ce départ. Sans cela, les éclats de voix auraient perdurés mais la session aurait repris son court.

Le résultat

Toucher le plus grand nombre, tirer la sonnette d'alarme est un devoir pour tout membre du Gouvernement, pour tout Parlementaire : il représente le peuple et doit défendre l'intérêt du plus grand nombre. C'est l'un des principes de la République Démocratique.
Le propos qui était justifié est apparu comme choquant et n'a absolument apporté de réponses ni d'excuses de la personne directement concernée : une situation de statut quo s'en est suivi. Serge LETCHIMY a engendré une certaine ire à son encontre et l'objectif même du propos bien que perçu a été noyé voir altéré par la majorité qui c'est sentie (faussement ?) offusquée en en faisait une interprétation hasardeuse.

Était-ce là but escompté? Il semble que non selon les dires du Député LETCHIMY lors de ses interventions sur les chaines nationales et parlementaires, mais toujours est-il que le débat est ouvert et sans réponse de la part du Ministre GUEANT ou du Gouvernement.
Peut être que ce mercredi 08 Février verra , hormis la demande d'excuses publiques en provenance de M. FILLON envers M. LETCHIMY, une réponse adaptée et circonstanciée... mais en attendant, elle arrivera après coup.