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vendredi 6 avril 2012

30° couleur... entre rires et étonnement

30° Couleur est semble t'il le film antillo-métropolitain du moment et surtout du mois de mars 2012. A grand renfort de publicités, de conférences de presse et d'interventions, ce film a été mis à l'honneur sur les écrans nationaux que dans les régions ultramarines (Martinique, Guadeloupe, Guyane, Réunion, ...).
Selon beaucoup de critiques, ce fut le film à voir, identitaire et avec une vrai humour, réalisé par et avec majoritairement des antillais.

Ayant raté la 1ère étoile au cinéma (que je n'ai pas encore vu) qui avait fait carton plein et avait reçu un bon accueil du public, pour lequel le réalisateur et la production avaient été plébiscité, je me suis empressé quelques temps après sa sortie de voir ce qu'il en ressortait.

J'avoue que dans ce film l'humour franc, décalé et typiquement antillais est de mise, l'histoire est bien menée et l'intrigue intéressante sur la forme voire le fond. A part le début qui était un peu lent (mais il faut bien planter le décor), on arrive à ne pas voir le temps passer et à bien s'amuser.
Beaucoup de situation rocambolesques viennent émailler ce film haut en couleurs, et c'est bien pour cela qu'il porte son nom. Sur fond de carnaval, de rythmes endiablés avec une pointe de mysticisme et de croyances locales, le film tient ses promesses.
Des valeurs fortes comme la famille, la fraternité, la filiation mais aussi l'amitié sincère et vraie sont mises en avant tout au long du visionnage. On ne peut pas dire qu'à ce niveau là, il ai manqué quoique ce soit pour attirer et fédérer le plus grand nombre.

Là où le film me laisse perplexe, c'est dans les anachronismes récurrents ou encore dans les situations invraisemblables ou inexistantes que je vais énumérer ci-après :
  • un voyage Paris/Fort de France de nuit... qui ne se fait plus depuis plus de 20ans;
  • une arrivée à l'aéroport de Fort de France/Le Lamentin un matin en sortant de Paris à 9h environs (mais bon je pense que cela est dû à une moindre fréquentation du lieu à cette heure...);
  • des trajets faits à pied en moins d'une demi-journée, comme Grand-Rivière jusqu'à Trennelle, sans sueur, sans que le soleil ne se couche, sans fatigue apparente...;
  • sortir d'un vidé et prendre la route du grand nord en pleine journée, sachant qu'un vidé fini vers 18h au moins...;
  • un plan sur le Malécon à Fort de France puis sur le Tombolo à Sainte-Marie, ainsi qu'un retour trempé et semble t'il à pied... un peu invraisemblable vu la distance;
  • l'absence de wifi ou de 3G dans la capitale, alors qu'il en a dans un superbe et luxueux hôtel 5étoiles...
Bon je vais arrêter l'énumération à ce stade, car ce sont ces points qui m'ont un peu étonnés et laissé perplexe, sachant l'origine des protagonistes étant à la barre de ce projet. Pour d'autres, j'aurais pu comprendre, mais là je reste dubitatif.

Pour moi, ce film ne reflète pas correctement la réalité de l'île et à vrai dire, le film semble être fait pour ceux qui n'ont jamais mis les pieds en Martinique ou ceux qui ont vraiment tout oubliés de leur île, un peu comme le personnage principal.
On pourrait me reprocher de ne pas soutenir la création et la créativité locale et Martiniquaise, mais je pense qu'il faut aussi être objectif sur ce bon film qui a été produit. Il est préférable de faire un constat et de le souligner, plutôt que de dire "oui" à tout sans esprit critique et analytique.

A l'heure où on parle de valorisation identitaire, je trouve que l'image véhiculée au travers de ce film manque de précision et de justesse ce qui est fort dommage pour des ressortissants. A aucun moment, ceux qui ont produit ou regardé ce film avant diffusion n'ont relevés ces (certains) détails qui sont à mon sens irréels.
Alors c'est vrai que l'on fait avec le budget, mais bon il y a de quoi se poser des questions si on souhaite ramener le plus grand nombre.

De plus, le cliché qu'en Martinique il puisse manquer d'éléments "dits de confort" dans les habitations (excepté les hôtels) est parfois un peu récurent. La 3G est disponible surtout dans la capitale qu'est Fort de France, et la bonne majorité de la population à le Wifi chez elle. Ce n'est pas forcément ainsi que l'on valorise l'île et qu'on la vend à l'extérieur.

Une production locale, fait par et avec des locaux se doit d'être plus réaliste et moins abstraite que si cela était fait par des non-ressortissants des lieux et ne connaissant pas les us et coutumes.

Mon souhait réel serait que la prochaine production puisse être plus fidèle, car je suis sur que l'équipe de production et de réalisation a un réel potentiel pour nous offrir un autre chef d'oeuvre. C'est tout le mal que je pourrais leur souhaiter.

Les critiques ne doivent pas servir à démolir mais bâtir pour s'améliorer à l'avenir... et sur ce bon visionnage.